Les « suites » d’Irène Némirovsky

Le 28 mars 2012

Réapparue dans nos mémoires à l’occasion du couronnement de son roman Suite Française, (Editions Denoël, 2004) par le prix Renaudot, Irène Némirovsky, par son œuvre et son destin, ranime en nous le devoir de mémoire. A la fois juive et étrangère en France, l’auteur de nouvelles et de romans porta le double sceau de la stigmatisation et du rejet, victime de l’antisémitisme de son temps et morte en déportation à Auschwitz.

Irène Némirovsky

Enfance mélancolique pour Irène née en 1903 à Kiev, au cœur du Yiddish land, alors sous domination russe, et qui le fuit avec toute sa famille en 1918 pour peu de temps après s’installer à Paris. Délaissée par sa mère, fille d’un riche banquier, c’est une petite fille sage et polyglotte qui s’abandonnait à ses rêveries et à sa vie de jeune fille de bonne famille. Cette extrême solitude et son goût pour la littérature la poussèrent, après la publication de quelques nouvelles et une licence en lettres, à se lancer dans l’arène littéraire parisienne.Révélée au public avec David Golder (1929, Editions Grasset), portrait sans concession d’un homme d’affaire juif et de sa famille en France, sa plume pose question car elle est accusée de nourrir l’antisémitisme. C’est en effet la communauté juive ashkénaze qui lui inspirait la plupart de ses romans. Le paradoxe de l’auteure, dont l’œuvre oscille entre une haine de soi étayant les thèses de l’antisémitisme (David Golder, Le Maître des âmes, etc.) fortement développées durant l’entre-deux-guerres (caractéristiques psychique et physique des personnages, atavisme pour la cupidité…) et une tendresse sincère pour les siens, fière de ses origines quand elle s’attelle à démontrer l’injustice qui frappe ces mêmes personnages, acculés à mal agir. Son œuvre dépeint dans l’ensemble le milieux bourgeois dont elle est issue mais également différents âges de la vie : le difficile passage de l’adolescence (Le Bal, 1930) ou la peur de vieillir (Jézabel, 1936).Poursuivant son chemin complexe, si elle publia dans les colonnes des journaux d’extrême droite comme Candide ou Gringoire, elle eut pour admirateur l’intellectuel d’extrême droite Brasillach comme à l’opposé, l’écrivain Joseph Kessel. Elle rejoignit les éditions Albin Michel en 1933 pour subir par la suite le grand drame de la Seconde guerre Mondiale. Sentant le climat délétère qui précéda la déclaration de guerre, elle se convertit au christianisme, elle qui fut agnostique, ainsi que son époux, Michel Epstein et ses deux filles, Denise et Elisabeth. Cela ne suffit pas à les mettre à l’abri dans une France qui mit en place le premier statut des juifs (Octobre 1940), discriminant à l’extrême et imposant le port de l’étoile. Le refuge en Saône et Loire de toute la famille se révéla être la destination finale de l’auteure, qui consacra les derniers mois de sa vie à la rédaction de ce roman inachevé, Suite Française décrivant avec lucidité et talent la débâcle française, puis les débuts de l’occupation Nazie. Nous devons la découverte de ce manuscrit à ses deux filles qui survivèrent non sans mal à l’horreur et emportèrent dans leur fuite les quelques manuscrits de leur mère, après l’assassinat d’Irène et Michel dans le camp de la mort d’Auschwitz en 1942. Pour en savoir plus je vous renvoie à l’excellente introduction de Myriam Anissimov dans l’édition 2004 de Suite Française (Denöel).

Et au site dédié à l’auteure :                   http://www.irenenemirovsky.guillaumedelaby.com/

 

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