Blaxploitation forever

Le 8 janvier 2012

33 T de Curtis Mayfield

À travers des films comme ceux de Djamel Bensalah (Neuilly sa mère, 2009) ou de Rachid Bouchareb (Hors la loi, 2010), les réalisateurs français d’origine maghrébine développent une parole singulière sur le grand écran. Avec pour ambition d’être grand public, ces nouveaux acteurs du cinéma français offrent une place de choix à la figure du Maghrébin longtemps relégué à des seconds rôles plus ou moins stéréotypés (cf. le cinéma colonial). Pour éclairer ce phénomène à l’aune du cinéma des minorités, je vous propose de revenir sur l’aventure du cinéma noir américain qui a connu son heure de gloire au cours des années 1970.

Alors même que la maison de disque Motown enchaîne les succès et lance des vedettes noires dans les Hits parades, un cinéma afro-américain émerge dans l’industrie du film : la Blaxpoitation. Quand on évoque la Blaxploitation – contraction de « black » et de «exploitation »-, la bande son s’impose : on entend la voix grave d’Isaac Hayes (Shaft,1971) ou celle de Curtis Mayfield (Superfly,1972) sur fond d’images du ghetto. Parfois cousin germain du western-spaghetti, elle propo

se le pire (Blacula, 1972) comme le meilleur avec pour objectif d’offrir des premiers rôles à des personnages afro-américains luttant contre les tracas du quotidien et le racisme dont ils sont alors les victimes. Le premier du genre, « Sweet sweetback’s baadasssss song » (1971) de Melvin Van Peebles, évoque la cavale tragique d’un gigolo frayant dans le milieu de la prostitution qui, dans un acte de rébellion, causera la mort de policiers blancs. Cette histoire

Le long-Métrage Blacula

nous emmène bien loin d’un Sydney Poitier, aux mœurs et aux apparences bourgeoises, luttant pour épouser celle qu’il aime dans « Devine qui vient dîner ce soir ? » de Stanley Kramer (1967).Si de manière militante, la Blaxploitation jette une lumière crue sur les réalités quotidiennes des populations afro-américaines (drogue, prostitution, violence, racisme…), elle n’en sera pas moins une industrie florissante qu’Hollywood tentera de récupérer à travers la production de certains de ces films. Le genre s’essouffle à la fin de la décennie, mais influence plusieurs générations d’artistes tant dans la musique (Snoop Doggy Dog, fan absolu de Rudy Ray Moore) que dans le cinéma (Spike Lee, Quentin Tarantino etc). Les héritiers du cinéma black des années 1990, plus politiques, perpétuent le genre (Boyz in the hood, Menace 2 society) mais la starification de certains acteurs (Denzel Washington, Beyonce Knowles, Eddy Murphy, Halle Berry etc…) et la logique de marché des biens culturels ne permettront pas à ce genre minoritaire de subsister. Qu’en sera-t-il des films français mettant en scène des personnages maghrébins ? To be continued…..


Pour aller plus loin: Julien Sévéon, Blaxploitation 70’s soul forever, Bazaar et compagnie, Paris 2008.

 


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