Bauhaus, kitsch et « Jours de France »

Le 26 décembre 2011

Frédéric Scheibe est non seulement un photographe mais un inventeur. Ce photographe né à Berlin en 1910, arrive à Paris après-guerre et devient rapidement, en duo avec sa femme Hildegard au stylisme, le photographe attitré de « Jours de France », le magazine de Marcel Dassault.

Son système de prise de vue en studio fait basculer la photographie de mode dans une démarche commerciale à grande échelle. Et ce magazine à l’esthétique classique, devient le lieu d’expérimentations techniques de 1964 au début des années 1980.

Visuellement, les photographies de Frédéric Scheibe se situent dans un entre-deux – véritable précurseur de « photoshop » – entre les séries de mode révolutionnaires emmenant les mannequins dans la rue et celles, quasi cliniques, sur fond neutre.

Ses 9 000 ektachromes doivent se voir aussi en regard du travail effectué par Hildegard. Elle tenait de petits carnets dans lesquels les légendes étaient liées aux images créant ainsi de véritables archives.

A partir de 1964 et pendant deux années, cet ancien élève du Bauhaus berlinois peaufine une invention qu’il ne déposera jamais, mais qui lui permet de suivre le rythme des publications. Grâce à sa formation initiale, il acquiert un pragmatisme, une efficacité et une inventivité. Il utilise un classique appareil de prise de vue auquel il ajoute un complexe système de miroirs dans lesquels se reflète la projection d’une image de second plan dont il était aussi l’auteur.

Avec Scheibe, la photographie de mode devient un objet à construire, selon plusieurs plans, schéma que l’on retrouve dans la quasi totalité des ektachromes de la collection. Un second plan (projeté) offrant une ouverture vers l’horizon, un banc ou une chaise puis le modèle. Ce système permet au photographe de réaliser à peu de frais un grand nombre d’images sans sortir de son atelier.

Le travail photographique de Frédéric Scheibe mêle ainsi intimement recherches techniques, véritables « bidouillages » et invention visuelle. Plusieurs lectures sont possibles de son oeuvre à but commercial mais qui – par la personnalité du photographe – se transforme en bizarrerie artistique autant qu’en mine d’informations pour historiens de la mode.

A voir à la vente Neret-Minet et Tessier du 10 novembre 2011.

 

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